Passer au contenu principal

POURQUOI TES SYMPTÔMES SE DÉPLACENT ET S’AMPLIFIENT – ET COMMENT SORTIR DE CE CYCLE ? 


« Un symptôme qui se déplace ou s’intensifie est le reflet d’un corps qui cherche désespérément une porte de sortie. »  

WITTMANN Pauline.

Je serais incapable de te dire quand tout a vraiment commencé parce qu’en réalité j’ai vécu plus de vingt ans dans un corps que je n’habitais pas vraiment, mais surtout que je ne comprenais pas. Vertiges, nausées, maux de tête, fatigue chronique, troubles digestifs, syndrome prémenstruel, palpitations, extrasystoles, oppressions etc… Chaque jour, je ressentais de nouveaux symptômes qui s’installaient, qui disparaissaient, puis qui revenaient autrement comme si mon corps changeait sans cesse de langage, mais que je n’avais pas le bon traducteur pour comprendre ce qu’il essayait de me dire. Alors, au début, j’ai tenté de chercher des réponses, j’ai consulté, j’ai fait des examens, j’ai entendu dire encore et encore que tout allait bien, que c’était simplement « dans ma tête », alors qu’à l’intérieur rien ne semblait aller. Avec le temps, j’ai même fini par me convaincre que ce chaos corporel faisait partie de la normalité. Ma normalité et qu’il fallait simplement que j’apprenne à vivre avec.

Mais difficile de faire avec lorsque ces symptômes deviennent submergeants, envahissants et invalidants au quotidien. Difficile de ne pas vouloir les faire disparaître complètement lorsqu’ils nous empêchent de nous lever le matin, de prendre une douche, ou même de prendre la voiture pour aller dans un magasin. Difficile de rester dans une posture d’acceptation et d’observation lorsqu’ils génèrent une activation constante, avec une inquiétude de fond pour notre santé, et une culpabilité intense vis‑à‑vis de notre travail, de notre famille et de notre entourage. Vraiment, j’avais la sensation de me battre sans cesse contre quelque chose qui n’avait pas de forme, pas d’explication, et qui, pour moi, n’avait pas de sens.

Si tu te reconnais dans mes mots, ce que je vais te partager aujourd’hui risque de changer profondément ta façon d’observer ton corps et de l’apprivoiser. Parce que même si certains symptômes peuvent aussi avoir des causes médicales, dans beaucoup de cas, le système nerveux joue un rôle central dans ce que tu ressens. Et tant qu’il reste en état d’alerte, ton corps continue de réagir… même si aujourd’hui tu es en sécurité.

« Ce que tu vis n’est pas un dysfonctionnement. Ce n’est pas “dans ta tête”. C’est une réponse de ton corps. Un corps qui a appris à rester en alerte. Un corps qui n’a pas encore trouvé comment revenir à un état de sécurité mais surtout un corps qui n’a pas encore intégré que le danger était passé »

C’est quoi un Traumatisme ?

Avant toute chose, revenons sur les bancs de l’école. Qu’est-ce qu’un traumatisme ? Comme l’explique Gabor Maté dans son ouvrage : The Myth of Normal, le traumatisme n’est pas ce qui nous arrive, mais ce que notre corps a dû mettre en place pour survivre à ce moment-là. Autrement dit, ce n’est pas l’événement lui-même qui crée la blessure, mais la manière dont notre système nerveux autonome réagit pour faire face à une situation qui dépasse momentanément nos capacités et nos ressources.

Prenons un exemple concret. Imagine que tu te retrouves face à une personne qui adopte un ton ou une posture agressive. Ton système nerveux autonome va d’abord activer sa branche sympathique (la branche de la mobilisation), ainsi que ses réponses de survie, de fuite ou de combat, pour tenter de faire face à la menace par l’action. Physiologiquement, ton corps va se préparer à agir : ton cœur va s’accélérer, tes muscles vont se tendre, et tu vas ressentir un élan pour partir ou riposter.

Néanmoins, si cet événement réside dans le trop (trop lent, trop tôt, trop fort, trop rapide, trop intense ou trop insuffisant) ton système nerveux autonome va alors engager sa branche parasympathique dorsale (la branche de l’immobilisation) et tu vas te figer. Pourquoi ? Tout simplement parce que ton corps n’a pas assez de ressources ou d’issues pour faire face à la menace par l’action. Concrètement, c’est comme si tu appuyais simultanément sur la pédale d’accélérateur et de frein de ta voiture : tu voudrais agir, tu ressens de l’anxiété, du stress, de l’agitation, des émotions et des sensations à l’intérieur de toi… mais ton corps est comme paralysé. C’est vraiment l’adage du « je veux, mais je ne peux pas ».

Si toute cette énergie mobilisée par la branche sympathique ne peut pas être libérée pendant ou après l’événement traumatique, elle reste alors coincée à l’intérieur de ton système nerveux autonome, qui en tire une conclusion simple : tant que cette énergie est présente, cela signifie que le danger n’est pas passé. Dès lors, la moindre activation peut faire basculer ton système nerveux autonome dans ses réponses de survie, pour tenter de compléter encore et encore le cycle et enfin décharger toute cette énergie bloquée.

Quand le Traumatisme nous enferme dans un conflit intérieur invisible

Cette première explication sur le traumatisme te permet déjà de comprendre une chose essentielle. Lorsqu’on a vécu un événement qui a dépassé nos capacités, notre système nerveux autonome continue de rester dans un état d’hypervigilance, d’alerte, de figement, voire d’effondrement. Ces activations constantes de nos réponses de survie génèrent inévitablement des changements physiologiques, et donc des symptômes : palpitationsvertigestroubles digestifstremblements, oppres­sions, etc. Autrement dit, le système reste prêt à réagir parce qu’il a intégré que le danger n’était pas totalement passé.

Malheureusement, cela ne s’arrête pas là. Lorsqu’on a vécu un traumatisme, quelque chose de beaucoup plus subtil se joue à l’intérieur de nous, puisqu’un conflit intérieur invisible s’installe. D’un côté, une partie de notre système cherche à compléter les boucles de survie pour enfin retrouver le chemin de la sécurité. Ces activations peuvent être déclenchées par des sons, des odeurs, des postures ou des situations qui rappellent le choc originel, ou bien émerger lorsque l’on retrouve un minimum de sécurité. L’objectif est toujours le même : permettre à l’énergie de survie de circuler et créer une expérience correctrice pour qu’enfin le système puisse se stabiliser. Autrement dit, c’est la partie du système qui veut régulerlibérer l’énergie bloquée et ramener équilibre et homéostasie dans le corps.

De l’autre côté, il y a une autre partie de notre système qui a été profondément marquée par le traumatisme et qui cherche à tout prix à nous protéger d’une nouvelle submersion. Ce qu’il faut comprendre, c’est que lorsque tu as vécu le choc originel, tu as aussi ressenti de nombreuses sensations et émotions que tu as intégrées comme étant trop intenses, trop effrayantes ou trop submergeantes à traverser. Dès lors, chaque inconfort qui rappelle de près ou de loin l’événement traumatisant déclenche un état de protection pour éviter une nouvelle submersion.

À cela s’ajoute une complexité supplémentaire : toutes les croyances que nous avons intégrées tout au long de notre développement  « Il faut toujours rester fort.e », « pleurer, c’est pour les faibles », « se mettre en colère est dangereux », « je ne dois pas me plaindre », « je dois être parfaite », etc viennent réduire notre capacité à réguler et à traverser les activations, ce qui vient inévitablement réduire notre fenêtre de tolérance.

Résultat : ces deux dynamiques opposées — une partie du système qui veut libérer l’énergie de survie et une autre qui continue de protéger — génèrent une nouvelle boucle de figement. Le corps se retrouve coincé dans cet entre-deux et nous replonge dans l’impuissance du « je veux, mais je ne peux pas ». L’énergie est là, elle veut circuler, mais le système ne peut pas la libérer en toute sécurité parce qu’on a pas retrouvé assez de capacités et de sécurité. C’est de ce conflit invisible que naissent les symptômes, qui deviennent alors notre seule soupape de sécurité pour décharger l’énergie bloquée, tout en nous protégeant d’une potentielle retraumatisation ou surcharge.

Les Écrans de fumée : quand les symptômes deviennent notre seule soupape de sécurité

Si tu m’as suivi jusqu’ici, tu as normalement eu ce petit déclic qui te dit : « Ok, mes symptômes ne sont pas mes ennemis, mais un mécanisme de survie et de protection de mon système nerveux autonome, pour me maintenir dans un état de sécurité. »

On peut vraiment imaginer les symptômes comme la partie visible d’un iceberg. Ce que tu vois et ce que tu ressens à la surface — tes palpitations, tes vertiges, tes tensions, tes douleurs, tes nausées, tes tremblements, ta fatigue — n’est que la manifestation externe d’un processus beaucoup plus profond. En dessous de l’iceberg, sous ces symptômes, se trouvent des sensations, des émotions, des souvenirs, des blessures et même des croyances que ton système nerveux autonome n’a pas pu traverser.

D’une part parce qu’au moment du choc originel, ta mémoire implicite les a intégrées comme étant trop intenses, et d’autre part parce que tu n’as pas encore récupéré assez de sécurité pour pouvoir les ressentir et les intégrer. Autrement dit, le symptôme est une soupape de sécurité brillante, un moyen de décharger une partie de l’énergie de survie accumulée de manière graduelle, sans avoir à revivre l’intensité du traumatisme originel parce que pour ton système, le symptôme est moins dangereux que ce qu’il cache. Sans lui, le corps serait saturé par l’activation traumatique, le stress serait incontrôlable, et tout simplement, tu ne pourrais pas maintenir un équilibre.

Ce que j’aimerais vraiment que tu comprennes, c’est que chaque symptôme a sa raison d’être. Il ne se manifeste pas au hasard : il signale qu’une partie de ton système est encore en alerte, qu’une boucle de survie ne trouve pas d’achèvement, ou encore qu’une émotion ou qu’une sensation n’a pas pu être complètement traversée, faute de sécurité.

En conclusion, aussi désagréable soit-il, éteindre le symptôme n’est pas et ne sera jamais la solution. Tout simplement parce que tant que tu ne pourras pas intégrer l’information qui se cache derrière, en toute sécurité, ton inconfort continuera à se déplacer, à s’amplifier et à s’intensifier. 


Ton système nerveux autonome a besoin de vivre une expérience différente qui lui montre physiologiquement qu’aujourd’hui il est en sécurité.

Et Maintenant ?

CE QUE TU DOIS RETENIR : c’est que l’apaisement des symptômes n’est pas un objectif à atteindre, mais la conséquence naturelle d’un travail beaucoup plus profond : un travail de sécurité, de régulation du système nerveux autonome et de renégociation des traumatismes. Je vois tant de personnes qui dirigent toute leur énergie et tous leurs efforts au mauvais endroit. Elles cherchent à faire disparaître leurs symptômes, à les contrôler, à les calmer, à les éviter, alors qu’en réalité, le véritable levier de guérison se situe ailleurs : dans la capacité du système nerveux autonome à se sentir en sécurité, à élargir sa fenêtre de tolérance, afin que l’énergie de survie puisse enfin aller à son terme sans submersion.

Et la réalité c’est que ce travail de régulation profonde ne peut pas se faire seul.e. Pourquoi ? Parce que dès que l’activation augmente, dès que l’on s’approche de quelque chose de sensible, d’inconfortable ou de douloureux, le réflexe automatique du système est de vouloir éteindrecontrôler ou fuir ce qui est ressenti. C’est normal. Le rôle du système nerveux autonome est avant tout de nous protéger et de nous  maintenir en sécurité. Alors que faire ? 

Je sais à quel point c’est épuisant de vivre dans un corps qu’on ne comprend plus, avec en prime cette sensation de ne jamais trouver de solution durable.

Si tu te reconnais dans mes mots, c’est que ton corps a besoin d’un autre type de soutien. Je ne te parle pas d’une énième technique à essayer seul·e, mais d’un espace pensé pour aller là où le trauma vit vraiment : au cœur de ton système nerveux autonome et de ta mémoire implicite.

Je t’offre un appel de 20 minutes, juste toi et moi. On prendra le temps de faire le point sur ce que tu traverses et on verra ensemble quel chemin serait le plus juste pour toi aujourd’hui. Ton corps peut redevenir un espace de sécurité, petit à petit, avec le bon accompagnement.

Le contenu de cet Article est uniquement à visée éducative. Si tu vis des symptômes persistants, inhabituels ou inquiétants, il est important de les faire évaluer en priorité par un·e professionnel·le de santé, afin d’écarter toute cause médicale avant d’entamer ou de poursuivre un travail de régulation du système nerveux autonome.